Le mythe du progrès est-il en train de s’effondrer ?
L’idée de progrès a longtemps constitué l’un des récits fondateurs des sociétés modernes. Elle promettait une amélioration continue des conditions de vie, un perfectionnement des savoirs et une expansion des libertés. Ce récit a structuré les projets politiques, les politiques publiques et les imaginaires collectifs. Pourtant, face aux crises écologiques, aux incertitudes géopolitiques et aux tensions sociales contemporaines, la croyance dans un progrès linéaire et cumulatif semble fragilisée. L’optimisme technologique coexiste avec une inquiétude diffuse, et la promesse d’un avenir meilleur n’apparaît plus aussi évidente. Faut-il pour autant conclure à l’effondrement du mythe du progrès, ou assistons-nous plutôt à une transformation de ses formes et de ses attentes. Interroger cette évolution suppose de replacer la notion de progrès dans le contexte hypermoderne qui redéfinit nos rapports au temps, à la technique et à l’avenir.
L’érosion d’un grand récit
Le récit du progrès reposait sur une temporalité ascendante, structurée par l’idée d’accumulation et d’amélioration. Les innovations techniques étaient perçues comme des moteurs d’émancipation et de prospérité. L’école, la science et les institutions politiques incarnaient cette promesse d’un monde meilleur à construire collectivement. Ce cadre narratif offrait une cohérence et une orientation. Il permettait d’inscrire les efforts individuels dans une perspective historique plus large, où chaque génération contribuait à un mouvement général d’avancée.
Aujourd’hui, cette vision linéaire se heurte à des limites. Les innovations technologiques génèrent autant d’inquiétudes que d’espoirs. Les crises environnementales rappellent que la croissance matérielle n’est pas indéfinie. Les inégalités persistantes questionnent la distribution des bénéfices du développement. Dans un environnement hypermoderne marqué par l’accélération et la saturation informationnelle, le futur apparaît moins comme une promesse que comme une source d’incertitude. Cette transformation n’implique pas nécessairement la disparition de l’idée de progrès, mais elle en altère la crédibilité et la capacité mobilisatrice.
Une redéfinition du progrès
Plutôt que d’un effondrement pur et simple, il peut s’agir d’une recomposition. Le progrès ne se pense plus exclusivement en termes de croissance matérielle ou de performance technologique. Il s’articule désormais à des préoccupations de durabilité, de justice sociale et de qualité de vie. Cette redéfinition reflète les tensions hypermodernes entre accélération et besoin de régulation, entre innovation permanente et recherche de cohérence. Le progrès devient pluriel, contesté, discuté. Il n’est plus un horizon unanimement partagé, mais un objet de débat.
Dans ce contexte, la bataille autour du progrès révèle des clivages plus profonds. Certains défendent une continuité technologique comme solution aux crises, d’autres prônent une réorientation radicale des priorités. La polarisation des discours s’inscrit dans une dynamique où les récits collectifs sont fragmentés et concurrents. L’hypermodernité intensifie ces confrontations en offrant une visibilité accrue aux positions opposées. Le progrès cesse d’être un mythe stabilisateur pour devenir un terrain de dispute symbolique. Cette situation ne signe pas nécessairement sa fin, mais elle impose de repenser ses fondements et ses finalités.
S’interroger sur l’effondrement du mythe du progrès revient donc à questionner notre rapport à l’avenir. Dans un monde où les repères se recomposent et où les certitudes s’érodent, la tentation est grande d’abandonner les grands récits. Pourtant, l’absence d’horizon partagé peut elle-même générer désorientation et repli. Plutôt que de décréter la fin du progrès, il semble plus fécond d’en analyser les mutations et d’en clarifier les conditions de possibilité. Cette démarche invite à une réflexivité collective sur ce que nous entendons par amélioration, sur les critères que nous privilégions et sur les tensions que nous acceptons d’affronter. Comprendre la transformation du récit du progrès permet d’orienter l’action sans céder à la nostalgie ni au cynisme, en construisant des cadres plus adaptés aux défis de l’âge hypermoderne.
Diagnostiquer
Identifiez les tensions hypermodernes qui traversent votre organisation ou vos publics pour agir avec justesse et cohérence.
Former
Donnez à vos équipes des repères et des outils concrets pour adapter leurs pratiques aux réalités hypermodernes.
Sensibiliser
Ouvrez un espace de réflexion pour mieux comprendre les mutations actuelles et renforcer le pouvoir d’agir.
