Pourquoi le MCH ne psychologise pas les problèmes sociaux

Les difficultés sociales contemporaines sont fréquemment interprétées à travers un prisme psychologique. Face aux conduites addictives, aux violences, à la désinformation ou aux radicalités, l’explication dominante renvoie souvent à des fragilités individuelles, à des troubles du comportement ou à des déficits éducatifs. Cette approche n’est pas sans utilité, mais elle tend à isoler les individus de leur contexte. Le Modèle de Compréhension Hypermoderne propose un déplacement du regard. Il ne nie pas la dimension psychique des situations, mais refuse d’en faire l’unique clé d’analyse. En replaçant les comportements dans un environnement structuré par des tensions hypermodernes, le MCH cherche à comprendre comment des dynamiques collectives influencent les trajectoires individuelles. Ce choix méthodologique engage une posture différente, plus systémique, qui vise à éclairer les cadres plutôt qu’à qualifier les personnes.

Sortir du réflexe psychologisant

Psychologiser un problème social consiste à en chercher prioritairement l’origine dans les caractéristiques individuelles. Lorsqu’un jeune se désengage, on invoque un manque de motivation ou une fragilité personnelle. Lorsqu’un professionnel s’épuise, on évoque une difficulté à gérer le stress. Lorsqu’un groupe se radicalise, on pointe des vulnérabilités cognitives ou affectives. Ces lectures peuvent apporter des éléments d’explication, mais elles tendent à réduire des phénomènes complexes à des causes internes. Elles laissent souvent dans l’ombre les conditions sociales qui rendent ces comportements intelligibles.

Le MCH adopte une autre logique. Il part du principe que les conduites contemporaines prennent sens dans un environnement hypermoderne marqué par l’accélération, la pression de performance, la fluidité des parcours, la recomposition des appartenances et la centralité du numérique. Dans ce contexte, certaines tensions deviennent structurelles. La comparaison permanente, la visibilité accrue, l’instabilité des repères ou la quête de singularité ne relèvent pas de choix individuels isolés, mais d’un cadre partagé. Analyser un comportement sans prendre en compte ces dimensions revient à ignorer une partie déterminante de la situation. Le MCH ne nie pas la subjectivité, il la resitue dans un système de contraintes et d’opportunités plus large.

Replacer les comportements dans leur contexte

Refuser la psychologisation ne signifie pas nier la responsabilité individuelle. Il s’agit plutôt d’élargir l’analyse pour comprendre comment un contexte peut amplifier certaines conduites. Une logique de performance exacerbée peut favoriser des stratégies d’optimisation au détriment du sens. Une saturation informationnelle peut accentuer la polarisation émotionnelle. Une instabilité des repères peut rendre plus attractives des appartenances fortement identitaires. Ces dynamiques ne déterminent pas mécaniquement les comportements, mais elles en constituent le cadre. Les individus ne réagissent pas dans le vide, ils s’ajustent à des environnements qui orientent leurs possibilités d’action.

Le MCH propose ainsi une lecture systémique qui distingue les symptômes des tensions structurelles. Une conduite addictive peut être lue comme une tentative de régulation face à l’accélération ou à la pression de performance. Une radicalisation peut s’inscrire dans une quête de cohérence et d’appartenance dans un univers fragmenté. Un désengagement peut traduire une difficulté à articuler singularité et reconnaissance. Cette approche ne cherche pas à excuser, mais à comprendre les logiques d’ajustement à l’œuvre. En identifiant les composantes hypermodernes dominantes, elle ouvre la possibilité d’agir sur les cadres plutôt que de se limiter à une correction des individus.

Ce déplacement de regard a des conséquences pratiques majeures. Il invite les professionnels à interroger les dispositifs qu’ils mettent en place, les normes implicites qu’ils véhiculent et les tensions qu’ils peuvent renforcer sans en avoir pleinement conscience. Il encourage les organisations à examiner leurs modes de fonctionnement avant de qualifier les personnes ou d’attribuer les difficultés à des fragilités individuelles. En refusant de réduire un problème social à une explication psychologique isolée, le MCH favorise une analyse plus complète, capable de relier les trajectoires singulières aux transformations collectives qui les structurent. Ne pas psychologiser ne signifie pas minimiser les souffrances, mais reconnaître qu’elles s’inscrivent dans un contexte plus large. Cette posture ouvre un espace de réflexivité, permet de sortir de la culpabilisation et oriente l’action vers l’ajustement des cadres et des environnements, condition d’une intervention plus cohérente et durable.

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